Carnet de voyage : Je suis Debdou la magnifique !

 

Je suis Debdou la magnifique !

Carnet de voyage de  Pénélope Timiste publié sur le site : voyages.ideoz.fr
Debdou, premières impressions

Une ligne droite, interminable, déroule ses kilomètres depuis Taourirt. Elle coupe la terre ocre, rouge parfois où s’amoncelle la caillasse.

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C’est un pays mordu par un implacable soleil. Peu à peu, des bouquets de lauriers s’invitent et parsèment de rose l’étendue désertique.

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Debdou, le passé au cœur de l’avenir

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Il y a un peu moins d’un an, le 22 février 2014, la ville de Debdou a vu débarquer dans ses rues une des délégations des plus importantes jamais rencontrées dans son histoire. Un conseiller du Roi Mohammed VI, plusieurs ministres, responsables, élus politiques et journalistes. L’objectif de cette visite était la signature d’une convention pour la création d’une maison de la culture. Ce projet de 15 millions de Dh est financé par l’agence de développement de l’oriental, le ministère de la culture et celui de l’intérieur.
«Debdou a été un espace de civilisation qui a su préserver sa diversité culturelle avec la présence d’un judaïsme éclairé, notant que le monde a besoin de ce message qui part de cette ville», avait souligné Azoulay, le conseiller de SM le Roi. Pour lui, il est impératif de préserver la diversité culturelle et la richesse du patrimoine historique et civilisationnel de la région de Debdou, insistant sur l’importance de veiller à la transmission de cet héritage aux générations montantes qui reste une responsabilité collective. Lire la suite

Debdou, un coin d’Andalousie au Maroc

Debdou est situé au bout d’une route qui ne mène nulle par ailleurs. C’est une bourgade qui se trouve aujourd’hui à l’écart des voies, routières et ferrées, qui relient le Maroc occidental à Oujda, et au-delà à l’Algérie. Le plateau steppique se relève, formant une série de collines et buttes culminant à 1650 mètres.
Une zone de relative verdure, favorable à l’horticulture se présente alors à quarante kilomètres de la Moulouya. C’est là que se trouve Debdou où, en 1973, vivaient encore sept familles juives, dernier lot d’une communauté qui présentait cette particularité, au début su siècle, d’être largement majoritaire dans son bourg. C’est de nos jours un chef de caidat, marché des tribus pastorales environnantes, rendez-vous de chasseurs attirés par un gibier abondant. Lire la suite

Charles De Foucauld et Debdou !

Livre de Ch. De FCharles De FOUCAULD était sans doute le premier chrétien et certainement aussi le premier français à avoir séjourné dans la ville de Debdou.
Dans « Reconnaissance au Maroc », nous découvrons son itinéraire à travers le Maroc et sa découverte de la ville de Debdou, l’une de ces dernières étapes avant de quitter le Maroc pour l’Algérie.

Reconnaissance au Maroc est le journal de route du voyage entrepris par Charles de Foucauld au Maroc en 1883-1884.

charles.de.foucault.itineraireVous pouvez lire à la fin de cet article un extrait de ce journal consacré à la ville de Debdou et à la région de l’Oriental. Lire la suite

« Triq Sultan », la route des Mérinides

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la route des Mérinides, un magnifique papier de Abdelkader Mana. Une vraie invitation pour un beau voyage qui passe forcément par Debdou !

La route des Mérinides

C’est, par le Sud du couloir de Taza, que passait jadis « la route des Mérinides » : la fameuse « Triq Sultan » qui unissait Fès au Maroc Oriental via Sefrou, Rchida et Debdou. Les transhumants Bni Waraïn et Houwara Oulad Rahou sont arrivés au couloir de Taza dans le sillage des Mérinides depuis Figuig où ils nomadisaient jadis.

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Au déclin des Almohades, leurs successeurs Mérinides occupent Taza dés 1216, considérée alors comme « la clé et le verrou du Gharb », souligne l’auteur du Bayân : « Une fois installé à Taza, Abû Yahya, prince mérinide, fit battre les tambours et hisser les bannières. De toutes parts, les chefs de tribus accompagnés de délégations vinrent lui présenter leur hommage. Car il avait auparavant occupé le rang d’émir au sein des tribus Banû Marîn, mais sans tambours ni étendards ».

Vers 1227, les Mérinides étaient devenus les maîtres incontestés de « toutes les tribus et campagnes situées entre le Moulouya et le Bou Regreg ». Cette époque est restée liée à des souvenirs de magnificence et presque de légende. On connaît le vieux dicton : « Après les Banû Marîn et les Baû Wattas, il ne reste personne ! ».

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Roman Lazarev
Ibn Khaldoun nous dit qu’à leur avènement, les Mérinides ont détruit l’une des principales ressources de la région ; l’oléiculture. Dans cette région, les premières plantations d’olivier remontent aux Almohades, comme le souligne Ibn Ghâzi, au début du 15ème siècle :« Dans les bonnes années, écrivait – il, et avant que les Banû Marîn eussent commencer à ruiner le Maghreb extrême, lors de l’affaiblissement de l’autorité Almohade, la récolte des olives au Ribât de Taza, se vendait environ 25 000 dinars ».
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Bataille de Roman Lazarev

C’est non loin de cette vieille citadelle de Rchida qu’ Abd el Haq,le premier souverain mérinide, alors âgé de 73 ans, trouva la mort avec son fils, Abû Al Âlaa Idris, lors de la bataille contre les arabes Ryah, chargés par les Almohades de surveiller le couloir de Taza. Sid Yaâgoub, le saint patron de Rchida, serait selon une légende dorée, un Idrisside qui priait dans les grottes de la Gada de Debdou, qui domine en falaise, la plaine de Tafrata. Moulay Ali Chérif le fondateur de la dynastie Alaouite est également passé par là. On dit même qu’à l’aube du 20ème siècle, le Rogui Bouhmara est arrivé un jour avec sa harka dans la plaine de Tafrata et aurait pris aux gens leur bétail. C’est là aussi qu’en 1914 les premiers bataillons français en provenance d’Algérie avaient établi leur avant poste ; le camp de Mahiridja.
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« Depuis la nuit des temps , le pastoralisme est le trait distinctif des Hawwâra Oulad Rahou et de leurs ancêtres, nous explique Abdellah Bachiri. L’hiver, ils transhument dans la plaine de Tafrata et en période estivale , aux plateaux de la Dahra, aux pacages steppiques de la Fhama, Et quand à nouveau l’herbe repousse drue, ils reviennent à la plaine de Tafrata. » Ce n’est que quand le pâturage fait défaut aux Hawwâra , qu’ils vont transhumer sur ces hauts plateaux de la Gada de Debdou. La tonte d’ovins a lieu chez eux vers la fin du printemps et au solstice d’été. On prépare alors le pain du berger dénommé « Magloub », nom qu’on donne par extension à cette berceuse qui accompagne la tonte d’ovins :
Ô berger ! Ramène la brebis à l’allure de gazelle !
La brebis au museau roux et au beau présage
Celui à qui, elle manque, meurt de faim
Et passe une nuit blanche à réfléchir !
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« La tonte des moutons a lieu au printemps, nous dit le pasteur Nabil Khachani. Après s’être bien engraissés les béliers portent une laine abondante qui les étouffe en période estivale. On les allège alors de cette laine : c’est la période où nous séparons l’agneau de sa mère. Le matin de tonte, on prépare le pain du berger, ainsi que les laitages. C’est le petit déjeuner de ceux qui procèdent à la tonte des moutons. Après quoi on sacrifie un bélier châtré pour offrir à la communauté pastorale le couscous aux sept légumes avec de la viande bien rôtie. ».

1746684666Située entre Figuig et la vallée de la Moulouya, la vieille citadelle de Rchida surplombe la plaine de Tafrata, là même où nomadisaient au 12ème siècle, les Mérinides(Banû – Marine en arabe), ces Berbères Zénètes venus de l’Est. Dans sa généalogie des Mérinides« peuple qui gouverna le Maghreb et l’Espagne »[1] Ibn Khaldoun écrivait :« Les Banû – Marine, peuple dont la généalogie se rattache à celle des Zenata avaient leurs lieux de parcours dans la région qui s’étend depuis Figuig à Sijilmassa et, de là, au Moulouya…Les Banû-Marin parcouraient en nomades le désert qui sépare Figuig du Moulouya. Lors de l’établissement de l’empire Almohade, et même auparavant, ils avaient l’habitude de monter dans le Tell afin de visiter les localités qui s’étendent depuis Guercif jusqu’à Outat. Ces voyages leur permirent de faire connaissance avec les débris de l’ancienne race zénatienne qui habitait la région du Moulouya et de se lier d’amitié avec les Miknassa des montagnes de Taza et les Béni Waraïn tribu Maghraouienne qui occupait les bourgades d’Outat, dans le haut Moulouya. Tous les ans, pendant les printemps et l’été, ils parcouraient ces contrées ; ensuite ils descendaient dans leur quartier d’hiver, emportant avec eux une provision de grains pour la subsistance de leur famille. »
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C’est au cours de ce tournage que nous avons visité Rchida, vieille citadelle qui surplombant la plaine de Tafrata au sud du couloir de Taza . Sa vieille mosquée remonte à Al Rachid, l’un des souverains mérinides : d’où ce toponyme de « Rchida », par référence au fondateur mérinide de la citadelle.

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Rchida
Rchida est l’un de ces jalons qui reliaient à chacun des horizons, ce qui fut jadis « la route des mérinides ». D’après le Mûsnad d’Ibn Marzouq,Abû Al Hassan, le Sultan mérinide qui régna de1331 à 1351, et qui construisit la belle médersa de Taza, « créa un nombre d’enceintes et de Vigies tel, que si l’on allume un feu au sommet de l’une d’elles, le signal est répété sur toutes, dans une seule nuit, sur une distance que les caravanes mettent deux mois à parcourir de la ville de Safi au pays d’Alger… »

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L’imam de la grande mosquée de la Zaouia de Rchida, nous disait que c’est là qu’étudiaient les quarante tolba de tous les horizons ; ils y affluaient de partout : des Branès, de Guercif, de Melloulou :«les chorfa , ajoutait -il, veillaient à leur nourriture, et leurs oraisons portaient jusqu’au fond de la valée. Cette vieille mosquée fut édifiée du temps des mérinides. EIle fut restaurée par Sidi Ahmed Ben El Mamoune du temps du Sultan Hassan 1er qui y effectua la prière du vendredi en compagnie des chorfa.»

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Ils n’auraient fondé ce douar d’Admer qu’après l’avènement du saint patron de Rchida et son établissement dans ces hauts plateaux de la Gada de Debdou. Ce sont les descendants de ce saint et ses arrières petits fils qui habitent ce pays depuis des années et des siècles. les ADMER, les BNI KHLAFTEN, et RCHIDA sont les premiers habitants de ces montagnes et de ces terres . Les anciens Berbères autochtones restaient cantonnés au flancs des montagne, tandis que la plaine de Tafrata était devenue le domaine où transhumaient les mérinides, ces Berbères Zénètes venus de l’Est, et dont faisaient partie les actuels Hawwâra. Quant aux arabes, de ces parages, ils étaient justes des pasteurs nomades se déplaçant avec leurs tentes.

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Nous avons retrouvé ici le même troglodytisme qu’à Taza, en particulier au village d’Admer, où les villageois habitaient eux aussi dans ces grottes dénommées « Kifan ». Situé au pied d’une falaise où sont creusées de nombreuses grottes, où étaient gardés à l’abri des maraudeurs, les richesses dont disposait la tribu, le douar Admer porte le même nom que la montagne sur laquelle il est adossé : Jbel Admer. Ce village troglodyte est situé non loin de Rchida ; la vielle citadelle mérinide qui domine en falaise la plaine de Tafrata . terre qui a vu le passage de beaucoup de monde, nous dient les villageois d’Admer : les Banû Marîn, et les Banû Wattass, du temps de leurs anciennes gloires. Dans ces temps révolus, qui avaient connu les anciennes batailles mérinides et Wattassides, les gens de ces parages n’habitaient que dans des grottes et sous des tentes.

 Les différents étages écologiques de BERKINE

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L’homme vit soit au sommet des montagnes pour la transhumance d’été, soit le long des berges des rivières pour les labours et la transhumance d’hiver. De ce fait il possède deux logis : une bergerie de montagne et une bâtisse le long de la rivière.

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La seule ouverture de cette cuvette de Berkine est ce sentier filant vers cet, « Abrid Romane », qui ajoute peut – être quelque intérêt nouveau, à la question toujours controversée de l’itinéraire suivi par Suetonius Paulinus dans son aventureuse expédition à travers le Moyen Atlas. Au fond de la cuvette, l’ancien volcan éteint « l’Ich- N’Aït -Aziz ». La largeur de son cône atteint près d’un kilomètre. Ses cendres éruptives couvrent toute une partie de la cuvette de Berkine. Les Berbères appellent cet ancien volcan du nom « d’Afoud » qui signifie ici, « celui qui est dépourvu de genou ». Un autre volcan existe au fossé oriental de Bou – Iblâne : « Ich-N’Aït Abdellah », du nom de la tribu qui s’est établie, là où il avait fait irruption, il y a de cela des millénaires. Jbel Bou Nacer avec ses plaques de neige quasi persistantes, ne procure que l’illusion d’un imposant château d’eau : la pente trop brutale de ses versants ne permet pas l’accumulation de trop grandes réserves. L’eau est néanmoins assez abondante pour suffire aux besoins d’une population, peu nombreuses et clairsemée.

216208869En arrivant chez les Bni Hassan au printemps 1923, en un point d’appui qui débouche sur Berkine, les Français apprennent que la puissante confédération Marmoucha viendra prêter son appui à Si Mohand Belgacem, qui a décidé de se retirer dans la montagne la plus inaccessible pour ne pas se soumettre aux colonisateurs. Pour ces derniers « il fallait en finir avec les Bni Jellidacène et pour cela atteindre dans son autorité l’agitateur Sidi Belqacem Azeroual en occupant Berkine, confluent des oueds Bni Mansor et Bni Bou N’çor qui commande l’accès à la zaouia du chérif et aux passages qui permettent aux Jouyouch Bni Jellidacène de se répondre dans la zone de Bou Rached, la vallée du Melellou et de la Moulouya.

3760457456.2« Dans ces parages, nous dit Aziz Bennaçerles chorfa de Sidi Belqacem sont connus depuis toujours pour leur pouvoir et leur bienfait. Leur baraka est grande : elle rayonne de jour comme de nuit. Leur réputation est ancienne, et quiconque se rend chez eux est assuré du gîte et du couvert. Là bas, il y a une grande baraka. Le pays parait parcimonieux, pourtant il est en mesure de nourrir mille et une bouche grâce à la baraka. » La cuvette de Berkine constitue l’assise territoriale des Bni H’sen, fraction des Bni Jellidassen, littéralement « les fils du Roi », la principale tribu de la confédération Bni Waraïn au sud du couloir de Taza. Ils se distinguent par l’habillement de cérémonie en fine laine des moutons de la transhumance en hauts alpages

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BERKINE

Une crête lumineuse, voici reluire au loin Berkine, comme une pincée de sel sur la montagne ! Elle surplombe cette vaste cuvette du Moyen Atlas Oriental. Des lignes de montagnes plus basses compartimentent la cuvette, y rendant la circulation mal aisée. La roideur des pentes, en favorisant un ruissellement intense, s’oppose à la fixation du moindre humus, comme on le remarque bien à l’absence de manteau végétal, dans ce paysage tourmenté aux allures lunaires.

534678145.2Le poste militaire Français établi à Berkine

Pour venir à bout de la résistance des Bni Jellidassen, les Français décident d’occuper Berkine, où ils établiront leur caserne en 1926. Mais Si Mohand, le chef de la zaouïa de Sidi Belqacem, leur farouche adversaire, aboutit avec les Marmoucha à la formation d’une Harka de 800 fusils sur l’oued Zobzit. Dans cet étroit compartiment de la « tache de Taza », il était l’âme obstinée de la résistance à la pénétration coloniale.

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Sur le chemin qui remonte de la plaine de Tafrata vers Berkine, nous rencontrons les gens du douar Bni h’ssan, connus pour leur tenue traditionnelle, leurs chansonniers, leurs hautboistes et leurs musiciens. Dans la commune de Berkine, ces Bni H’ssan, font partie de la fraction Ahl R’baâ, des Bni Jellidassen, la plus importante tribu de la confédération des Bni Waraïn.

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La mosquée de Berkine

Leur agriculture paraît maigre mais elle contient de la baraka. Elle leur permet l’autosubsistance. Ils ont un bel élevage, et même si la forêt est insuffisante, elle a un rôle important à jouer. Ce sont les Bni H’ssan qui animent le marché aux grains de Berkine. Ils animaient depuis toujours et en tous lieux, festivités, fêtes de mariages et autres cérémonies. Ce douar des Bni H’ssan, fait partie de la fraction Ahl R’baâ, de la commune de Berkine. Ils font partie de la tribu Bni Jellidassen, la plus imprtante de la confédération Bni Waraïn.

3555201508Nous avons remonté l’oued Aït Bou Aziz en contrebas de Berkine et de Bou-Iblân, d’Est en Ouest jusqu’à la Zaouia de Sidi Belqacem qui a joué un rôle important de fédérateur des transhumants Marmoucha et Bni Waraïn dans la lutte contre la pénétration coloniale.

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Le thalweg limoneux des oueds est souligné par un étroit ruban végétal où se retrouvent le jujubier buissonnant ou même arborescent, associé à des pieds d’alfa, des bouquets d’armoise blanche et quelques massifs de lauriers rose.

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En ce haut pays, les eaux pluviales sont drainés par un collecteur unique, le Zobzit, sous affluent de la Moulouya, qui prend naissance à Berkine. A son amont deux cours d’eau qui suivent chacun une vallée parallèle au Bou – Iblâne. Ils portent chacun le nom de la tribu qui vit sur ses berges : Assif -n’Aït – Bou N’çor et Assif-n’Aït Mansour. Leur cours supérieur porte le nom d’Assif Ouloud(la rivière du limon). Les vallées des oueds Aït Bou N’çor et Aït Mansour s’ornementent de beaux rideaux presque ininterrompus de peupliers et de saules au troncs desquels la vigne enroule de loin en loin ses capricieuses torsades. Des essences plus modestes croissent dans leur voisinage : le câprier, le tamarin, le micocoulier (Taghzaz), dont on taille des planchettes – écritoires pour écoliers.

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 » Vois la montagne ! Vois le pigeon ! Vois l’associé ! Vois le fumier ! »

Les premières neiges tombent sur les montagnes, le pigeon annonciateur de l’hiver est de retour, le moment est venu de songer aux travaux agricoles, de rechercher son associé et de transporter le fumier sur les terres. Ils redonnent vertu à la semence en y incorporant les cendres de l’Achoura, ou en y jetant les grains de la première ou de la dernière gerbe de la récolte précédente. Ces grains passent pour être imprégnés de la baraka et incarnent les forces vives de la végétation.C’est à ce moment précis, en automne de l’année 2006, que nous avons entrepris un des tournages de la série « la musique dans la vie » : c’était dans la « tache de Taza », sur « la route des mérinides » à un moment où les fellahs fumaient la terre. C’est un dimanche, premier jour de la semaine, où les Berbères choisissent pour tracer leur premier sillon.

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Bien que fixé au 17 octobre de l’année julienne, les labours d’automne ne peuvent être pratiquement entrepris qu’aussitôt après la chute des premières averses. Mais la saison des pluies commence parfois si tard que le fellah doit reporter l’inauguration de ses travaux à une date beaucoup plus reculée, en fin décembre, parfois même au commencement de janvier.

3686151900 Une des caractéristiques des Bni Waraïn est d’avoir une maison, un terrain de culture et de parcours, en plaine et en montagne. Les zones d’habitat privilégiées sont les vallées des oueds où sont cantonnées la plupart des sources dont chacune est un centre permanent de chritallisation humaine.

3342444114De sol cultivable la nature est extrêmement avare ; il faut arrêter la fuite des terres arables entraînée par le ruissellement en élevant des murettes en galets. On obtient ainsi ces terrasses de forme géométriques, en damiers irréguliers dont chacune est la propriété précieuse d’un chef de foyer.

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Pressoir d’huile d’olive

Au bord de l’oued Aït Mansour , le laboureur Mohamed Mala, laisse tomber pour un instant attelage et charrue pour venir nous entretenir sous un vieux eucalyptus:

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«On appelle ses rivages, le « verger d’Iswal ». Ils sont cultivés aussi bien par les descendants de Sidi Belqacem que par ceux des Bni Aziz. Mais rares sont ceux parmi les descendant de sidi Belqacem qui habitent au bord de l’oued à part le douar que vous voyez là – bas. La plupart des gens possèdent des terrains de culture au bord de l’oued, mais leur maison se trouve là-haut dans la montagne : pour venir travailler ici, ils descendent de la montagne. Moi-même j’ai une propriété ici, au pays des Bni Aziz alors que ma maison se trouve là haut au Jbal Bni Bou N’çor, où nous avons un peu de culture et un peu d’élevage. Des terres irriguées mais aussi bour. En période estivale, nous semons le maïs, mais en cette période automnale nous semons plutôt le blé tendre et les fèves. Ce ne sont que de petites parcelles où nous cultivons aussi un peu de légumineuses pour nos foyers. On n’en met pas trop puisque nous n’avons que de petits lopins de terre. Et quand l’oued est en crûe, il emporte toutes nos cultures sur son passage.. » Tous les étages écologiques sont mis à contribution, aussi bien pour l’élevage que pour l’agriculture : des sommets enneigés aux vallées verdoyantes.
Ainsi, une fois les labours et les semailles effectués en montagne au début de l’automne, on descend procéder aux labours de plaine en décembre et janvier.
On séjourne en Taïzîrt sous la tente, jusqu’en mai, époque de la moisson précoce(Bekri), puis celle-ci achevée, on reprend le chemin de la montagne, où une seconde moisson, plus tardive(Mazozi), attend d’être coupée à son tour.

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Tout le long des cours d’eau, nombreux sont les moulins à eau : on en dénombre quelques 83, rien qu’à Berkine. Le grain est versé dans une trémie, sorte d’auge carrée en palmier nain,large par le haut, étroit par le bas, et maintenu au plafond par des cordes.

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Au dessus de la trémie est fixé un conduit en bois « lqandîl », par lequel le grain se déverse dans l’oeillard « Tît » d’où il descent pour être broyé par les deux meules.
L’usage est de laisser quelques grains dans l’œil du moulin : ce « souper du moulin » est considéré comme étant chargé de baraka.
L’eau amenée par un conduit tombe d’une hauteur de deux mètres sur une roue de 40 centimètres. L’appareil est mobile sur un arbre.
En ce début de la transhumance d’hiver,chacun apporte son grain à moudre en prévision des grands déplacements. Le meunier prélève un dixième sur chaque mouture.

3261403761Automne précocement doré: par trop de lumière et de soleil…

A l’époque où les troupes françaises font leur première apparition au Maroc Oriental, l’autorité est détenue chez les Aït Jellidassen, par la famille des chorfa Aït Sidi Belqacem. C’est dans cette Zaouïa, que les gens de tribus se rassemblèrent d’abord pour faire face à la pénétration française. Mais mitraillés par l’aviation et bombardés par les canons, ils finissent par se dissocier.
Ainsi s’ouvre « le pays rond , des Aït Jellidassen, où suivant, la parole même de Si Mohand Belqacem ; ne devait de son vivant réussir à pénétrer le guerrier français .. .

1862050316En nous accueillant en haut de la colline où se trouve le sanctuaire, sur la rive droite de la rivière, le moqadem Abdellah Ben Ahmed, nous explique en ces termes en quoi consiste la gestion de la zaouïa de Sidi Belqacem Azeroual :

1937765030« À tour de rôle, la clé de la zaouia est confiée à un moqadam durant cinq, six , voir dix ans. Grâce aux offrandes qu’il reçoit, il nourrit les étudiants en théologie venus de tous les horizons, ainsi que les pèlerins de passage. De la mi août à la mi septembre, quatre fêtes patronales ont lieu à Sidi Belqacem : le moussem des Bni Aziz, celui des Bni Bou N’çor, celui de Sidi Belqacem, et enfin celui des Bni Mansour. Ce sont les quatre principaux moussem. Les pèlerins viennent de toutes les fractions : d’Immouzzar des Marmoucha, d’Ahermoummou,de Tahla, des Maghraoua. Ils viennent aussi de la région de Taza, d’Oujda et de Taourirt : le moqadam les reçoit les nourrit gracieusement. »

3269685859A l’issue de cet entretien, les membres présents de la zaouia déclamèrent solennellement d’une voix grave, sereine et paisible, la sourate de la lumière :  » Dieu est la lumière des cieux et de la terre. Sa lumière est semblable à une niche où se trouve une lampe. La lampe est dans un verre pareil à un astre étincelant qui s’allume grâce à un arbre béni : un olivier qui n’est ni de l’Orient ni de l’Occident et dont l’huile brillerait sans qu’un feu la touche, ou peu s’en faut.Lumière sur lumière. Dieu dirige vers la lumière qui il veut. Il propose aux hommes des paraboles. Dieu connaît parfaitement toute chose. »

168033555.2Le thème de la lumière est une des constantes de l’enseignement soufi, comme du Coran. C’est elle qui pénètre dans les cœurs qui s’ouvrent à Dieu. Elle se présente chaque fois comme une force spirituelle, un appel à la vie intérieur.
Abdelkader Mana

http://rivagesdessaouira.hautetfort.com/tag/le+couloir+de+taza
[1] Ibn Khaldoun :« histoire des Berbères », tome quatrième, p.25 et suivantes.

 

 

La fabuleuse histoire de la truffe noire de Tifzouine

TruffierCueillir des truffes noires à Debdou dans l’Oriental au Maroc, c’était le défi que s’est lancé le docteur Laqbaqbi en plantant des chênes truffiers dans la propriété familiale, il y a huit ans. Aujourd’hui,les premières truffes noires, tuber melanosporum se sont acclimatées dans le sol calcaire de la Gaâda. Retour sur une épopée… »La chose est apparue, » a annoncé au docteur, le berger qui surveille et entretient la propriété. Il faut dire qu’il a été longuement briefé parle Docteur Laqbaqbi pour qu’il sache détecter la précieuse truffe. C’était le 22 décembre 2006 et le berger avait repéré la truffe noire, grâce aux craquelures produites à la surface du sol et qui laissait entrevoir la chose, objet de toutes les attentes, de tous les désirs et de tous les espoirs… Le lendemain à l’aube, le nouveau trufficulteur rejoint le domaine de Tifzouine à Debdou, accompagné de son jeune chien Azmoune et de son ami, le photographe Jean Matève. La chose est cavée(déterrée en jargon). Trois autres truffes noires vont être découvertes. Les specimens vont être envoyés au professeur Gérard Chevalier et à Pierre Sourzat pour leur analyse. Le verdict est tombé, un verdict qui comble de joie le docteur Laqbaqbi. Il s’agit bien de la tuber melanosporum, identique à celle qui est récolté dans le Quercy notamment. En Avril 2007, au Salon International de l’Agriculture au Maroc (SIAM) qui se déroule à Meknès, le Roi Mohamed VI a décerné un prix au docteur Laqbaqbi pour la qualité de son stand, dans lequel il avait exposé des truffes noires de Tifzouine. Février 2007 : de nouvelles truffes noires. L’exploit va être réitéré. Ils sont venus, ils sont tous là, dans le domaine de Tifzouine à Debdou. D’abord le maître de cérémonie, le Docteur Laqbaqbi, en compagnie de son chien Azmoune, le jeune labrador, Pierre Sourzat, co-auteur du «Grand livre de la truffe» (Robet Laffont, 1988), la bible des trufficulteurs et de tous ceux qui s’intéressent, de près ou de loin, à ce produit de luxe; ensuite, le Dr. Johann N. Bruhu, mycologu eaméricain de l’université de Columbia, le Dr. Mohamed Abourouh, mycologue et directeur du Centre de recherches forestières de Rabat et Mme Paulette Pedesco, 12 fois championne de France de dressage de chiens truffiers, en duo avec Alf, le chien berger noir qui ne tient pas en place. C’est Alf qui pointe de sa truffe humide un endroit au pied du jeune chêne. Pierre Sourzat se précipite, prend une poignée de terre et l’hume longuement. «Elle est là, c’est sûr», dit-il. Il donne ses indications pour creuser. Trente centimètres en profondeur et “le diamant noir” est exhumé. Ces quelques grammes suffisent à insuffler de l’espoir à l’assemblée et à faire briller tous les yeux. Le miracle a bien eu lieu. Deux autres joyaux vont illuminer cette journée particulière. Le docteur Laqbaqbi est heureux. “Il pense déjà, écrit Ali Tizilkad dans Aujourd’hui le Maroc, au musée de la truffe qu’il va mettre en place pour raconter toute cette épopée, susciter les vocations et diffuser le savoir scientifique. Il s’agit également de créer les conditions adéquates pour développer au Maroc les pépinières de mycorisation des plants de chênes verts truffiers. En attendant que cette truffe noire obtienne le label de truffe de Tifzouine.” Si fin décembre 2008, le docteur Laqbaqbi n’a pu se rendre au domaine de Tifzouine, parce que la route de la Gaâda était coupée à cause de la neige, il espère cueillir cette année une bonne quantité de truffes noires. Gageons que ces dernières figureront sur les cartes des restaurateurs marocains et qu’elles susciteront l’inspiration des chefs pour qu’ils mettent en valeur ces “diamants noirs” dans des recettes inédites et appétissantes.

Le  terfez la truffe blanche & la truffe noire
Le docteur Laqbaqbi tient à préciser les différences entre ces trois champignons.
• Le  terfez  : Il existe deux espèces de ce champignon qui pousse dans les forêts ou dans le désert au Maroc : la variété rouge appelée clavery et la blanche ou Tirmania. Il est assez abondant et se cueille au début du printemps. Ses caractéristiques  : le terfez ne dégage pas d’odeur. Si on le laisse dans une pièce et que l’on revient 20 mn plus tard, il n’y a aucun arôme. En revanche, il capte et absorbe les odeurs avec lesquelles on le met en contact. C’est ce qui fait son intérêt dans la cuisine, puisqu’il capte et restitue l’arôme du safran et des épices quand on le cuisine.
•  La  truffe  noire  : ou tuber melanosporum dite truffe noire du Périgord. Ses caractéristiques : quand on la laisse dans une endroit et que l’on revient au bout de 20 mn, son arôme a envahi toute la pièce.Et elle communique son parfum à tous les mets avec lesquels on la sert.
•  La  truffe  blanche : ou tuber magnatum se rencontre en Italie. Ses caractéristiques  : comme la truffe noire, elle dégage un arôme caractéristique. On la trouve essentiellement en Italie dans la région de l’Alba. Il est recommandé de ne pas la faire cuire. Il suffit d’en râper une petite quantité au-dessus d’un mets pour qu’elle exhale son arôme et donne du goût au plat. Cette variété coûte très cher (plus que la noire). Sa mycorrhization (processus de formation des filaments du champignon au contact des racines de l’arbre), hors de son terroir, n’a pas réussi jusqu’à présent.

Amina Boudraâ
Source :  saveursetcuisinedumaroc.com

 

Splendeurs et misères de Debdou

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Récemment secouée par un scandale sanitaire, Debdou cherche à reconstruire son identité. Celle d’une ville multiculturelle où juifs et musulmans ont vécu pendant des siècles en bonne harmonie.

Située entre Taourirt, Nador et Oujda, Debdou respire une sérénité propre aux régions montagneuses. L’air y est pur, le silence presque total. Hormis quelques élèves se dirigeant vers leur école, les rares personnes rencontrées dans la rue marchent d’un pas alangui, saluant un ami par-ci, une connaissance par-là. « A part le farniente, il n’y a pas grand-chose à faire ici », commente un habitant de cette ville de 4500 âmes, qui semble vivre repliée au milieu des reliefs qui l’entourent. Le visiteur étranger est scruté avec insistance, mais nulle hostilité dans les regards : distants, les habitants se montrent chaleureux et accueillants, pourvu que leur hôte brise la glace. Debdou, qui ressemble aujourd’hui à n’importe quelle petite bourgade du Maroc, a autrefois connu des périodes fastes. Il fut un temps où toutes les caravanes qui transitaient par la région y faisaient escale. C’est aussi l’une des rares villes du Maroc où juifs et musulmans ont vraiment vécu en paix, où des citoyens des deux confessions ont occupé des rôles politiques prépondérants, loin de la marginalité dans laquelle les juifs étaient confinés à Fès ou à Marrakech. Le déclin s’est amorcé en 1970, quand les derniers membres de la communauté israélite ont quitté la ville. Depuis, le nombre d’habitants a chuté de moitié. 

Absente de l’actualité depuis des années, Debdou s’est retrouvée sous les feux des projecteurs suite à un événement dont les Debdoubis se seraient bien passés. L’après-midi du 4 mars, Zohra Benamer, une habitante du douar Beni Fechat, situé à 40 kilomètres, est transportée d’urgence au petit hôpital de Debdou, mais elle trouve porte close. En désespoir de cause, Zohra accouche sur le trottoir, aidée par deux passantes. Quelques minutes plus tard, c’est la mobilisation générale : élus, présidents d’associations et citoyens accourent sur les lieux, indignés. Le soir même, les journaux électroniques locaux relaient l’information, suivis, le lendemain, de la presse nationale.

Un seul médecin

Vingt jours après les faits, l’incident est toujours présent dans les mémoires. Les Debdoubis, touchés au vif, y voient l’aboutissement d’un long processus de cloisonnement progressif. « Nous avons quatre sages-femmes, deux infirmières et un seul médecin, qui refuse les horaires de garde. Parfois, les patients ne peuvent pas se faire soigner, faute de médicaments », s’indigne un jeune habitant de la ville, qui poursuit : « Que font nos élus ? On dirait qu’ils ont perdu tout sens de la communauté. Pourtant, ils sont originaires d’ici ». A Debdou, la base électorale de la ville est majoritairement constituée de jeunes. Lors des élections communales de 2009, les citoyens ont voté pour l’Istiqlal, l’un des trois partis historiquement enracinés à Debdou, avec le Mouvement populaire (MP) et l’USFP. Les élus sont moins choisis pour leur discours ou leur idéologie que pour leur notoriété et leur généalogie. 

Abidi El Yamani, président istiqlalien de la municipalité de Debdou, sait qu’« il faut adapter notre programme à la jeunesse et prendre compte de ses priorités », mais considère que « la santé est un problème aux ramifications trop complexes ». Il précise qu’en « théorie, nous disposons de suffisamment de médicaments pour satisfaire les besoins de la population. Or, notre hôpital doit s’occuper de plus de 35 000 personnes, qui habitent dans les villages avoisinants et viennent à Debdou en raison de sa proximité. Quant au médecin, nous l’avons prié d’accepter les horaires de garde, mais il a refusé. Ce qui est compréhensible, vu le flux massif de patients qu’il reçoit quotidiennement ». Quelques mois avant l’incident, Abidi El Yamani et Khalid Sbiâ, un député istiqlalien de la province de Taourirt, avaient rencontré le ministre de la Santé afin de lui faire part de leurs problèmes. « Nous attendons toujours une réponse de sa part », affirme le président de la commune. L’hôpital de Debdou continue donc à fonctionner en sous-effectif, sans service de garde et pas assez de médicaments. Et chaque mercredi, jour du souk hebdomadaire, les centaines de malades qui affluent des villages alentours doivent attendre des heures avant d’obtenir une consultation.

La culture d’abord

Le 22 février, le conseiller royal André Azoulay s’est rendu à Debdou afin de signer une convention pour la création d’une maison de la culture. Le projet, qui coûtera 15 millions de dirhams, sera financé par l’Agence de développement de l’Oriental (6 millions de dirhams), le ministère de l’Intérieur (6 millions de dirhams) ainsi que le ministère de la Culture (3 millions de dirhams). Riche d’une histoire millénaire mais peu connue et peu étudiée, 
Debdou compte des monuments de grande valeur. Parmi eux, le mellah qui, contrairement à la majorité des mellahs du Maroc, est situé au cœur même de la ville ; Aïn Sbilia, une source d’eau nommée en référence à Séville par les juifs qui ont été expulsés d’Andalousie et qui ont été invités par Mohamed Ben Ahmed, l’un des rois de Debdou, à venir peupler la ville ; ou encore la kasbah mérinide, construite au XIIIe siècle et classée au patrimoine mondial de l’Unesco. Hormis Aïn Sbilia, récemment restaurée, tout le reste tombe en ruines. Une situation qui désole les habitants de la ville, persuadés que le tourisme est leur seule issue : les terres agricoles, peu nombreuses, permettent tout au plus à quelques dizaines de familles de subvenir à leurs besoins. Les autres habitants n’ont d’autre choix que de travailler à Taourirt ou à Oujda, les deux grandes villes les plus proches, quand ils ne chôment pas, ce qui est le cas d’une grande partie des jeunes. « Ils passent leurs journées à enchaîner cigarettes et pipes de kif dans les rares cafés de la ville », décrit un habitant. 

Objectif tourisme

Aujourd’hui, Debdou souhaite bénéficier de son histoire au lieu d’en porter inutilement le poids. « On a donc, en toute logique, parié sur le tourisme pour développer la ville », déclare Abidi El Yamani, pour qui la création de la maison de la culture est un premier pas pour faire de Debdou l’un des principaux pôles touristiques de la région. « Nous avons presque finalisé les travaux d’assainissement de la kasbah, afin qu’elle soit restaurée, et nous sommes en train de concevoir une charte architecturale de la ville, pour qu’il y ait une uniformité dans la construction », précise-t-il. A ses côtés, Khalid Sbiâ, pleinement engagé dans le projet, pense qu’il « faut trouver une vocation pour notre ville ». Et cela passe par « la reconnaissance de notre histoire, qui est multiconfessionnelle. Juifs et musulmans ont vécu ensemble pendant des siècles en toute sérénité ». Le budget de Debdou est peu conséquent, « mais nous espérons que les ministères du Tourisme et de la Culture s’engageront ». Mais avant tout, « il faut compter sur l’engagement de la population. Il n’est pas évident pour elle d’intégrer l’idée que la restauration du patrimoine leur sera bénéfique à long terme, et qu’elle aura des répercussions économiques positives », estime Sbiâ. Pour les convaincre que tout n’est pas que paroles, El Yamani et Sbiâ ont préféré s’attaquer, en premier lieu, aux infrastructures : assainissement, cours d’eau irriguant les terrains agricoles. Quant à la diaspora juive qui a laissé derrière elle synagogues et mellah, « nous espérons qu’ils nous donneront un coup de main. Si ce n’est pas le cas, pas de problème, nous nous occuperons de la réhabilitation de leur patrimoine nous-mêmes. Ils sont nos frères, avant tout ».  

Source :

http://www.telquel-online.com/content/patrimoine-splendeurs-et-mis%C3%A8res-de-debdou

“Les mémoires juives de l’Oriental marocain” présenté au Salon de Genève

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“Les mémoires juives de l’Oriental marocain” est  le titre combien évocateur d’un beau livre inédit présenté, samedi, au pavillon  des cultures arabes du Salon international du livre et de la presse de Genève.
Cet ouvrage de plus de 200 pages paru aux éditions “La Croisée des chemins”  s’intéresse, sur la base de photos, de témoignages et de données historiques,  au patrimoine hébraïque dans la région de l’Oriental.
“Notre travail marque une nouvelle rencontre, l’histoire d’une relecture des  traces toujours vivantes d’un passé commun dont nous voulons honorer les  moments heureux”, a confié le directeur de l’Agence de l’Oriental, Mohamed  Mbarki qui présentait ce livre au côté de l’éditeur, Abdelkader Retnani.
L’agence a été à l’initiative de cet “ouvrage évènement” qui a nécessité  deux ans de recherches, de voyages et de collaboration à l’échelle nationale  et  internationale. “Les mémoires juives de l’Oriental marocain” n’est pas un livre d’histoire,  a déclaré le directeur à la MAP, affirmant qu’il s’agit de “raconter des  aspects de la vie dans des contrées profondes comme Debdou et Figuig où ont  vécu diverses communautés dans la solidarité, la convivialité et la tolérance”.
“Il y est question d’une communauté nombreuse aujourd’hui répartie dans  d’autres régions du Maroc et plusieurs pays du monde, mais qui est toujours  attachée et fidèle à son pays”, a-t-il dit. 
Il a rappelé que la sortie de cette nouvelle publication est intervenue  juste après le message de SM le Roi Mohammed VI à l’occasion de l’inauguration,  le 13 février 2013 à Fès, de la synagogue “Slat Alfassiyine” après sa  restauration.
Dans ce message, le Souverain souligne que le judaïsme marocain “constitue  aujourd’hui, ainsi que l’a consacré la nouvelle Constitution du Royaume, l’un  des affluents séculaires de l’identité nationale”.
Pour M. Mbarki, c’est aussi un livre d’action en ce sens que nous nous  fixons pour objectif d’investir le territoire, particulièrement Debdou où nous  avons veillé à en faire une présentation en présence du conseiller de SM le  Roi, M. André Azoulay, du wali de la région et de plusieurs autres  personnalités.

Une nouvelle Séville en Afrique du Nord : Histoire et généalogie des Juifs de Debdou

 

debdou, la nouvelle séville

On a toujours su que Debdou, petite bourgade marocaine au pied de l’Atlas, avait été peuplée par des Juifs espagnols, mais ce que ce livre nous apprend, c’est que leur exil ne fut pas consécutif à l’édit d’expulsion de 1492, mais la conséquence des massacres espagnols de 1391, si meurtriers en particulier à Séville (ailleurs aussi, certes, et rappelons qu’à Majorque les Juifs, cette année-là, optèrent collectivement pour le baptême et changèrent de nom en même temps que de religion : on trouve un Ben Xuxen qui deviendra Flor, puisque ce patronyme dit la fleur de lis, en espagnol azucena). Qu’ont-ils de particulier, ces Juifs de Debdou ? D’abord, le fait qu’ils furent longtemps majoritaires dans ce bourg, composant en fait les trois quarts de la population. Le père Charles de Foucauld y séjourna en 1883-1884, et y apprit même, dit-on, l’arabe et l’hébreu, ce qui lui permit de traverser le Maroc et de pénétrer les milieux arabes déguisé en rabbin !

Ces gens de Debdou gardèrent farouchement la mémoire de leur ville d’origine, je le sais d’expérience : mon père dont le père était natif de ce bourg m’avait affranchi une fois pour toutes dans mon jeune temps : à Debdou, disait-il, il y a un oued qu’on appelle “Isbilliya”, qui est le nom arabe de Séville (et j’ai moi-même publié un petit livre en 1970 intitulé Isbilia, si fort était cet attachement). La légende veut que le rabbin qui mena ces exilés de Sépharad – des megorachim, qu’on oppose aux juifs autochtones appelés tochavim – aux contreforts de l’Atlas, voyant que ce bourg connaissait une grave pénurie d’eau qui allait handicaper la future installation de la tribu, aurait frappé de son bâton un rocher d’où jaillit une source, andalouse, certes, puisque joyeuse et babillarde, et c’est pourquoi encore aujourd’hui, lieu de pèlerinage et d’adoration, Debdou vénère toujours la “source de Séville”.

Debdou sourceCommerçants et agriculteurs ou éleveurs, les Debdoubis se caractérisaient surtout par leur application à l’étude et à l’écriture de la Torah : beaucoup d’entre eux furent des Sofer, des scribes et des rabbins, et ce livre reproduit un de ces fameux Sefer Torah, pour certains recueillis et conservés en Israël. L’usage de l’hébreu était courant parmi cette communauté, comme l’attestent, dans l’iconographie, nombre de pièces juridiques et de kétouboth de mariage (nous avons, dans ma famille, conservé un acte de vente de mon grand-père, entièrement rédigé et signé en hébreu). D’ailleurs, à Alger dans les années quarante, comme plus tard à Paris dans les années soixante, il y avait une tradition de rabbins marocains et de savants talmudistes. La science de l’écriture, ce livre entend le montrer, ne fut donc pas l’apanage des seules communautés d’Europe centrale ou de Lituanie. Il y a eu, jusqu’à nos jours, d’appréciables hébraïsants, et même des rabbins miraculeux issus des mellahs marocains.

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La généalogie proposée dans ce livre, et établie par Rabbi Eliyahou Marciano, est la plus complète à ce jour, car elle regroupe bon nombre de patronymes autour de quatre grandes familles, de structure pyramidale : les Cohen Scali, les Bensoussan, les Marciano et les Benhamou. Mais on trouve aussi des patronymes affiliés : Anconina, Benaïm, Benguigui, Bensadoun, Bensultan, Marelli et Tordjman. Et bien d’autres branches collatérales. Une petite note biographique complète les tableaux généalogiques que chacun pourra lire avec intérêt, voire avec passion s’il reconnaît, ici ou là, quelque ancêtre en son incertaine pérégrination. Car en définitive, que faisons-nous en nous tournant vers ce passé, sinon suivre à la trace, une fois de plus, les descendants de ces Hébreux qui se définissaient déjà comme le peuple du Passage ?
Albert Bensoussan

Une nouvelle Séville en Afrique du Nord : Histoire et généalogie des Juifs de Debdou (Maroc). 2000 Éditions Élysée CP 181. Côte-St-Luc (Québec) Canada

La ville de Debdou aura bientôt sa maison de la culture

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«Debdou a été un espace de civilisation qui a su préserver sa diversité culturelle avec la présence d’un judaïsme éclairé, notant que le monde a besoin de ce message qui part de cette ville», a souligné Azoulay, conseiller de S.M. le Roi, a souligné vendredi à Debdou (Province de Taourirt), l’impératif de préserver la diversité culturelle et la richesse du patrimoine historique et civilisationnel de la région de Debdou, insistant sur l’importance de veiller à la transmission de cet héritage aux générations montantes qui reste une responsabilité collective.
S’exprimant en marge de la cérémonie de signature d’une convention de partenariat pour la création de la future Maison de la culture de Debdou, Azoulay a souligné que cette ville a toujours été un espace de civilisation qui a su préserver sa diversité culturelle avec notamment la présence d’un judaïsme éclairé, notant que le monde a besoin de ce message qui part de Debdou.
Alors que le monde d’aujourd’hui est marqué par la régression, le repli et la fracture, le Maroc s’affiche comme un espace de résistance à toutes ces manifestations et un espace de lumière au reste du monde, a-t-il dit.
A ses yeux, la singularité du modèle marocain se manifeste, non seulement au niveau du monde arabo-musulman, mais aussi par rapport à d’autres pays à travers le monde, d’autant plus que la Constitution de 2011 stipule que l’unité du Maroc, forgée par la convergence de ses composantes arabo-islamique, amazighe et saharo hassanie, s’est nourrie et enrichie de ses affluents africain, andalou, hébraïque et méditerranéen.
Pour sa part, le ministre de la Culture, Mohamed Amin Sbihi, a souligné que cette rencontre de Debdou constitue une occasion pour se représenter l’histoire de la région caractérisée par la coexistence et la cohabitation entre les Marocains de confession musulmane et juive, notant que cette coexistence qui a été une réalité quotidienne chez les Marocains depuis des siècles, est aujourd’hui une réalité protégée à travers la consécration dans la nouvelle Constitution de toutes les composantes de l’identité nationale.
«Cette réalité qui se renouvelle, nous impose de protéger et de valoriser les différents affluents du patrimoine et de la culture marocains, parmi lesquels le patrimoine juif est l’un des plus anciens», a signalé le ministre, relevant que les différentes régions du Royaume «sont riches de sites historiques et de bâtisses juives qui témoignent d’un passé glorieux dans lequel les marocains ont vécu leur pluralité avec beaucoup de créativité et de productivité sous l’égide des sultans du Maroc».
Après avoir mis en exergue l’importance des efforts de toutes les parties concernées dans la promotion du patrimoine culturel marocain avec ses différents affluents, Sbihi a affirmé la détermination du ministère d’œuvrer avec les autorités locales et les élus en vue de mettre en place d’autres projets qui concernent l’animation culturelle et artistique de la ville, ou encore la réhabilitation de son patrimoine civilisationnel.
La cérémonie de signature de cette convention entre les ministères de l’Intérieur et de la Culture, l’Agence de développement de la région de l’Oriental, la province de Taourirt et le Conseil municipal de Debdou, s’est déroulée en présence notamment du wali de la région de l’Oriental, Mohamed Mhidia, le directeur général de l’Agence de développement de l’Oriental, Mohamed Mbarki, le président de la région, Ali Belhaj, le gouverneur de la province de Taourirt, Maati Bekkali, ainsi que des élus et des chefs des services extérieurs.
Le budget alloué à ce projet s’élève à 15 millions de dirhams, réparti entre le ministère de l’Intérieur (6 MDH), l’Agence de développement de l’Oriental (6 MDH), et le ministère de la Culture qui prendra en charge l’équipement et la gestion du projet.
Source : http://www.lematin.ma